jeudi 4 avril 2013

Extraits choisis du livre

L’Union européenne, est à la dérive. La question commence à être posée de sa fin possible, à travers les difficultés récurrentes de la zone euro et l’inefficience de ses principaux rouages.
Le repli sur ses vieilles nations serait-il pour autant la planche de salut d’une expérience malheureuse et qui aurait tourné court parce qu’elle allait à contre-sens de l’Histoire ? Certainement pas, quand on constate que tous les pays européens présentent, à des degrés divers, le même syndrome caractéristique des fins de cycle civilisationnel. 
Plus que jamais, le seul recours est dans la construction de l’Etat européen, par et pour les peuples d’Europe.




La convergence des crises.
Alors que l’histoire est entrée dans son âge planétaire et que des transformations immenses sont entrain de se produire, les carences et les impasses s’accumulent en Europe.
Avec l’aggravation probable de la récession, pour de multiples raisons (poids de la dette souveraine et de la fiscalité, vieillissement, anémie de la croissance, exacerbation de la concurrence internationale, déflation salariale), et à fortiori, en cas de passage à une dépression de longue durée (croissance négative et diminution du PIB), il est à prévoir bien des conflits politiques : luttes pour l’emploi et la répartition des revenus, révolte dans les banlieues contre les suppressions des aides sociales, conflits intergénérationnels sur les retraites et sur les impôts entre des populations d’origines ethniques différentes et de plus en plus revendicatives en termes de croyances, de règles de vie et d’organisation sociale. 
Soit une période de tensions et d’affrontements, d’essence à la fois sociale et sociétale, qui pourrait concerner plusieurs générations. Tout cela risque fort de ressembler, à des degrés divers et selon des modalités différentes en fonction des pays européens, à une « guerre de Trente ans » mêlant enjeux politiques, sociaux, et religieux...

L’Europe marginalisée.
Dans le même temps, toutes les tendances actuelles confirment notre hypothèse : le déplacement du centre de gravité mondial vers le Grand Océan, c’est à dire l’espace maritime formé par la réunion de l’océan Pacifique et de l’océan Indien ; tandis que les grands espaces de puissance, en particulier ceux de l’Eurasie de l’Est, deviennent les acteurs principaux de la politique mondiale. Avec deux corollaires : la formation du duopole Etats-Unis/Chine-Inde et la marginalisation en cours de l’Europe. La crise ouverte en 2008 accélère ce changement radical.

La nécessité vitale de l’État européen.
De quels poids pèsent, et pèseront dans l’avenir, les différents Etats européens face à l’Etat américain, à l’Etat chinois, à l’Etat indien ? Comment les Européens peuvent-ils relever les défis de la gouvernance mondiale, sans un centre de décision politique unique ? En s’accrochant au dogme suranné de la « souveraineté nationale », parce que dépassé par les réalités de la puissance mondiale, ils ajoutent au « syndrome romain », qui les affecte tous, le « syndrome byzantin », qui les rend impuissants,bien que réunis. Si l’on entend par là, la somme des conflits symboliques qui divisaient une Constantinople assiégée de toutes parts.
Dépourvue d’un véritable exécutif et de toute stratégie communautaire, autre que celle imposée par l’Organisation Mondiale du Commerce, et qui répond à la logique de la mondialisation, l’Union européenne court après les événements, pare au plus pressé, mais sans jamais rien anticiper. C’est un peu Blanche-Neige (c’est à dire la Commission, qui rêve toujours, naïve, d’une mondialisation heureuse) et les 28 nains (c’est à dire les États, si on ajoute la Croatie) qui sont incapables de s’entendre et de réagir promptement. 
Quand ils parviennent à arrêter une décision, c’est après un long processus plein de raidissements capricieux et de raccommodages miraculeux.


La supranationalité est donc la question première. Car il n’existera jamais « une Europe », puissance internationale garante de la survie des nations culturelles qu’elle englobe, tant que n’existera pas un Etat européen. 
Face à la situation de crise et face au durcissement à venir des relations internationales, consécutivement aux réalités sociales, démographiques, à la course à l’énergie, aux tensions politico-culturelles de toutes sortes, les peuples européens doivent se doter d’un Etat unique, volontariste et pragmatique.



« Patriotisme géographique » et construction européenne.
La construction européenne a été jusqu’à maintenant une construction par le haut,c’est à dire par les Etats et grâce aux traités qu’ils signent entre eux. Et l’explication convenue est qu’il ne pouvait en être autrement à cause de l’ethnocentrisme de chaque peuple. Pourtant, on peut croire à la possibilité d’une construction par le bas, sous la forme d’une reprise de la marche en avant à la demande de mouvements de citoyens convaincus que leur prospérité, leur sécurité, et leur identité ne peuvent plus être désormais garanties que par un puissant Etat européen. Mais, pourquoi l’Europe, et surtout, pourquoi des mouvements citoyens se lèveraient-ils en Europe ? Parce qu’à l’âge des menaces globales, qui plonge tous les peuples européens, les uns après les autres, dans une crise existentielle, tous sont proches, malgré une histoire récente qui les a durement opposés entre eux, par leurs origines anthropologiques et par leur passé civilisationnel. Dans la « guerre sans guerre » si caractéristique de la nouvelle scène internationale, pris isolément, les peuples européens sont tous aussi démunis et vulnérables les uns que les autres. La géographie, la culture et la civilisation les appellent à se rassembler, à se solidariser. Seul un « patriotisme géographique » des Européens est donc à même de relancer la construction européenne, parce que sans renoncer aux identités anciennes, il affirmerait la volonté de vivre ensemble des peuples et de faire valoir les héritages que tous les membres du continent ont en
commun.

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